17 octobre 2008

La grande méchante louve



Au lieu de pisser à côté de la tente, je décide d’aller aux toilettes sur le site du camping. C’est au cas où je pourrais photographier des bestioles et autres curiosités. Cette nuit, il fait froid. La buée me sort de la bouche mais mon sac de couchage, cette peau de saucisson dans laquelle j’essais de m’habiller, me garde au chaud. Je sors à quatre pattes du vestibule et mes mains glissent sur l’herbe givrée. La lune, qui sera pleine dans deux jours, m’offre, ainsi qu’au décor qui dort, une lumière vive et blanche. On y voit presque tout.

Les toilettes sont proches et le chemin pour s’y rendre, balisé d’une faible intensité lumineuse. Je marche sur le gravier et le bruit de la rocaille sous mes pieds détonne. Je me tasse et marche sur l’herbe. Je retiens mon souffle, il fait aussi trop de bruit. J’entends miauler un chat en passant à côté du garage du propriétaire. Mère aux chats, j’obéis à mon instinct et m’approche. La nuit a beau être claire mais ce qui est tapi dans l’ombre, magouille dans la noirceur totale. Je n’y vois rien. Mes yeux ont du mal à s’adapter puisque le site est trop éclairé. Finalement, je trébuche.

Je tombe à plat ventre sur une masse poilue. En une demie seconde je suis debout, raide comme une barre. La masse est encore tiède, je l’ai sentie. Je ne sais pas encore c’est quoi. Je suis pétrifiée. Ne voulant pas y rester toute la nuit, je sors ma lampe de poche. Je tourne tranquillement la tête de ma maglite. Surprise...



... le proprio est venu déposer sa viande en fin de journée. J’avais remarqué qu’il déchargeait des trucs avec sa femme mais comment aurais-je pu douter qu’en plus, un cervidé gisait dans la boîte du pick-up. Je ne sais pas pourquoi il l’a laissé là, ce chevreuil.

Je respire profondément. Je continue à marcher, sans changer mon plan.

J’ouvre la porte des toilettes. C’est spacieux et propre. Rien à signaler à part une dizaine de chenilles noires, longues et lisses qui rampent sur le plancher de béton. Je les imagine sorties des yeux de Krycek. Je rentre dans une des cabines et dépose mes fesses frettes sur le bol. Deux paires d’yeux me regardent : un éléphant blanc et une punaise poussiéreuse.





Je pousse la porte en contre-plaqué de la cabine. Une femme se tient devant moi.

***

Tchic-a-di-di-di !
Tchic-a-di-di-di !
Tchic-a-di-di-di !

La mésange me réveille. Je lève un peu la tête. Hors de doute que vingt cordes de bois m’ont roulé dessus. Pourtant, la tente est debout. Et là, ça frappe. Une vive douleur de peau déchirée, entre mes jambes. Je serre les cuisses en glissant ma main vers mon pubis. Sous mes doigts je sens des croûtes. J’en cueille un morceau. J’ouvre un œil… du sang séché mêlé à je ne sais quoi mais à l’odeur, je m’en doute très bien.



J’entends des voix d’hommes et de femmes au loin. Ça rigole ferme. Des portières claquent puis cinq ou six moteurs de dix roues se mettent à gronder. Ils embrayent tous.

J’étire le bras pour faire glisser la fermeture éclair du vestibule. Je dois sortir de cette tente mouillée pour me réchauffer un peu. Je me hisse à l’extérieur mais du coup, mon pied gauche ne suit pas. Je suis attachée ! La toile du fond est perforée et je vois la chaîne à ma cheville. Je ne crie pas car j’ai peur d’attirer pires ennuis. Je retourne à l’extérieur et je hisse mon corps le plus loin possible. Ma chaîne est attachée à un arbre. Il n’y a plus de tentes ni de motorisés sur le site. Tous sont partis. Par terre, devant moi, il y a un pigeon avec un bout de papier attaché à sa patte.

« Tu pourras toujours commencer par manger ceci. »

14 commentaires:

É. a dit...

Aaaah !

sandra gordon a dit...

Cibole, ça réveille, ça. Un post rentre-dedans.

Gomeux a dit...

Dood, stie, Doodlie.
J'ai lu ça avec le sourire aux lèvres.
En checkant en arrière de moué.
Pour être sûr.

J'aime ça ta fiction entremêlée de photos.
C'est brillant en tabarslac!
J'osais pas trop le faire.

Qui publiera?

McDoodle a dit...

Quelle fiction ?

Gomeux a dit...

Oh.

Glp.

Scousé.

McDoodle a dit...

Non... hu hu hu la bonne blague.
C'est vrai que tu ne pouvais m'entendre me taper la cuisse en écrivant ça. C'est ingrat pour ça les commentaires.

Merci en tout cas.
Pis fais-le, toi aussi. Chacun tome.

McDoodle a dit...

Ou trois.

Gomeux a dit...

Ok, fiouuuuuu!
Donc, juste pour être sûr, tu ne t'es pas fait attacher et violer par un convoi de truckers et truckeuses en passage dans un camping?

Good.
Good!

Hihi.

McDoodle a dit...

Non.
Mais ça l'air que j'ai déjà mangé du pigeon, cuit.
C'est une autre gentille histoire.

É. a dit...

Dans ma région de passage, ils chassent le pigeon sauvage. Une bête terrible et féroce, apparemment.

McDoodle a dit...

Des fois j'suis bonbon, des fois j'suis gore.
Ce genre de billet ne fait probab pas l'affaire de tous et je m'en câlisse ro-ya-le-ent.

C'qu'on sait pas et que je vais écrire dans cette petite fenêtre c'est que j'ai une maudite peur de me faire agresser. Je me suis imaginée des tonnes d'histoires du genre. Ça l'air comique tout ça mais ça l'est pas du tout. J'suis terrorisée sans l'avoir vécu.

Voilà, c'est assez.
Merci de passer de temps à autre.

Yvan a dit...

:-)

É. a dit...

TOTCHE !

É. a dit...

Euuuh…
Je voulais dire :
TOTCHE !